Je suis une délaissée. Délaissée de gens. Et ça se résume toujours à la même chose. Levée 6h25. Déjeuner 6h27. Débarbouillage et habillage jusque 7h01. Quittage de maison pour attendre le train à 7h12 ( quand il est là ), les yeux tout fermés. Arrivée en gare 7h35 ? Se faire toute petite et ne pas se faire bousculer. Arrivée bahut, environ 7h40. Trouver gens, dire bonjour gens, sans se faire marcher sur les pieds. Si besoin est, sauter ( springen ) pour avoir un angle de vue un peu plus large pour trouver les dudits gens. Eviter certains autres gens qui pourraient se révéler désagréables. Se tromper de bâtiment, monter des escaliers pour presque immédiatement les redescendre. Attendre ton nom lors de l'appel. Les gens qui l'écorchent, et la grimace fatidique. Parfois se retrouver chez une CPE pas très tolérante. Arriver en retard et se retrouver au fond de la classe. Prendre des escaliers pas très pratiqués. Esquisser un sourire, parfois. Se mettre côté fenêtre et avoir une vue à faire pâlir un monsieur souffrant de vertige convultionnel. Monter et descendre des escaliers. Attendre pour avoir le droit de "manger". Trouver les toilettes. Subir des voix d'ongles sur tableau noir. Sortir l'agenda qui se révèlera plus tard ton pire ennemi, persécuteur de temps-libres et autres glandouillages. Chercher, ne pas trouver, s'agacer, éviter ( encore et toujours ), croiser, regarder, marcher, porter, courir, souffler, sortir. Un " désolée, j'ai un train à prendre" à peine compréhensible et tu continues à courir. Rentrer chez soi où ton ami l'agenda t'attend. Fourbue, lessivée comme dans une machine à laver de pressing. Tu manges vers 19h30, tu prends vite une douche en ne lâchant pas la douce alternative qui s'offre à toi : lire, dormir ou rêver ? Tu fais d'abord ton sac, puis tu lis puis finis par dodotage. Extinction des feux à 21h05. Réveil en sursaut à 21h23. Ta fiche d'anglais te tend les bras. Salope. Griboullis mistigri et retour avec Morphée. Levée 6h26, et merde je vais être en retard ... Et dans tout ça, quand est-ce que tu ris ?
Plus tard, quand je partirai, il fera tout noir. Je rentrerai, et il fera tout noir. La douce alternative ne sera plus qu'un souvenir, le dodotage se fera à 23h passées, cause : ton ami. Je ne veux pas vous dire adieu les gens. Les bons gens. Parce que, c'est fatidique, bientôt ça sera un bonjour du bout des lèvres, un sourire gêné et un " désolée, je peux pas, j'ai prévu de faire des trucs avec d'autres gens ". Faisons en sorte qu'on n'en arrive pas là, j'ai besoin de rire ...